00 - Prologue
En cette sombre soirée de juin, un vent paisible s'était doucement mis à souffler sur la grande capitale illuminée de la Planète. A cette heure avancée du soir, les habitants de la Plaque étaient pour la plupart rentrés dans leurs habitations en quête d'une bonne nuit de sommeil qui les mèneraient à une dure journée de labeur. Les rares personnes à être encore dehors à cette heure-là y étaient pour les raisons qu'il n'est pas bon de leur demander, souvent en rapport avec l'illégalité, et qui sont soit dans une détresse extrême, soit dans un commerce assez fructueux pour en faire un métier régulier. Le premier cas de figure, c'étaient ceux que l'on nommait les "Rats" de Midgar, ceux qui avaient un niveau de vie égal aux habitants des Taudis, qui portaient le nom officiel et politiquement correct de "sous-secteurs", mais à qui la chance avait sourit et leur permettait de vivre sur la Plaque.
A cette heure-ci, les Taudis étaient illuminés, et peu d'habitants avaient regagnés leur logis. Il fallait préciser que, pour les Taudis, qu'il soit midi ou minuit, la différence n'était que symbolique. La lumière du soleil n'avait jamais filtré au travers de la Plaque, et c'était à peine si certains pouvaient se vanter d'avoir aperçu le ciel. Aussi, il n'était pas rare qu'à cette heure-là, les enfants s'amuse dans les aires de jeu prévues à cet effet.
Ce soir-là, il en avait profité pour emmener Marlène au petit parc situé à l'intersection des sous-secteurs six et sept. Lorsqu'il l'avait proposé à Barret en lui expliquant à quel point il s'ennuyait, ce dernier avait eut l'air enchanté par l'idée de se débarasser de lui et de sa fille par la même occasion. Il fallait savoir que, quand bien même Barret avait un amour infini pour sa fille, il y avait des moments où, remonté pour quelque raison, il n'arrivait plus à encadrer qui que ce soit, et le fait de n'avoir personne dans les pattes pouvait l'aider à lentement se calmer.
Lorsqu'ils étaient arrivés au parc, il l'avait laissée courrir et s'amuser avec deux autres gosses, tandis que lui, toujours victime d'un ennui total, s'était assis sur la balançoire, gardant un oeil sur la petite.
En vérité, il y avait une infinie de choses qu'il détestait sincèrement, comme les poireaux, les endroits sombres et étroits, les gens, ou plus généralement, le monde entier. Il n'aimait pas lorsqu'un bon plât était trop froid, lorsqu'une série de seconde zone passait à la TV, lorsque Tifa lui demandait de se déchausser dans l'entrée, lorsque les clients un peu soûls du bar se mettaient à faire des réflexions obscènes. Il avait de plus en plus de mal à supporter lorsque Marlène venait le réveiller à trois heures du matin à cause du Zolom qui se cachait sous son lit pour la dévorer, et qu'elle venait le réveiller lui parce qu'il était dans la chambre la plus proche, parce que si elle traversait le couloir pour aller réveiller son père, elle rencontrerait le Gobelin qui viendrait lui couper la tête. Et à chaque fois, il se disait qu'il devrait arrêter de lui raconter toutes ces histoires qui la terrifiaient tant.
Mais ce qui l'énervait le plus, c'était sans doute Tifa. Ah, la Tifa, et son caractère bien marqué, ses élans maternels envers n'importe qui, ses grands sourires chaleureux et sa physionomie qui rivaliserait avec celle de Shiva ; oui, Tifa était LA femme qui lui convenait, avec qui il aurait aimé partager un peu plus qu'une belle amitié. Seulement voilà, elle n'avait jamais marché dans son sens, et avait toujours souhaité garder cette belle amitié intacte. N'allez pas tout de suite croire qu'il aurait retourné ciel et terre pour la séduire, non. Au fond, s'il réfléchissait un peu plus profondément sur le sujet, il en arrivait vite à se poser la question qui fâche la plupart des jeunes femmes lorsqu'elles la pose à un jeune homme en bonne santé : Tout cela n'était-il pas purement et simplement physique ? N'avait-il pas juste envie d'une bonne nuit en sa compagnie, pour après reprendre le cours des choses comme si de rien n'était ? Il ne savait pas trop. Ce n'était pas le genre de question qui le torturait longtemps, en fait. Il savait juste que, depuis plusieurs années déjà, la seule femme à laquelle il pensait, c'était Tifa.
Il ne fallut pas longtemps à Marlène pour qu'elle délaisse ses petits camarades de jeux afin de le rejoindre, un grand sourire aux lèvres, qui signifiait toujours qu'elle allait lui demander une faveur. Elle se planta devant lui, et lui posa les mains sur les genoux.
- Dis grand frère, tu veux bien me pousser ?
Elle n'attendit pas la réponse, et se contenta de s'asseoir sur l'autre balançoire. Laissant échapper un soupir, puis un léger sourire, il se leva et commença à pousser la fillette. Elle avait pris l'habitude, depuis quelques mois, de l'appeler "grand frère". Si ça l'avait choqué au démarrage, il avait fini par s'y faire, contrairement à Barret qui, à chaque fois qu'il entendait sa fille l'appeler de la sorte, fronçait les sourcils en disant qu'elle prenait de mauvaises habitudes.
Alors que la petite allait de plus en plus haut, ses fins cheveux lui masquant le visage, il vit arriver au loin la silhouette toute en courbes de la jolie Tifa. Elle avait décidé de s'habiller d'une tunique serrée, qui épousait merveilleusement ses formes, et ne se rendait pas compte à quel point ses longs cheveux bruns attachés en chignon la rendaient sexy. Il aurait pu l'appeler, lui faire une remarque quelconque, bref, attirer son attention. Cependant, il ne le fit pas. Non pas à cause d'elle ou de la peur du ridicule, mais plutôt parce qu'il vit quelque chose derrière elle.
Une silhouette masculine la suivait. Il plissa les yeux pour essayer de voir quelque chose. Il distingua un corps svelte emmailloté dans une tenue noire qu'il avait déjà vue quelque part. Plus l'inconnu s'approchait, plus il remarquait de détails. Une immense épée qu'il avait déjà vue, des bras musclés et au teint très pâle, un visage habité d'une certaine dureté, deux grands yeux d'un bleu luisants étrangement, une touffe de cheveux blonds coiffés en pics.
De toute sa vie, sans doute n'eut-il jamais autant sursauté. Les yeux ronds fixés sur le blond, la bouche entrouverte, il arrêta subitement de pousser Marlène qui fit une sorte de gémissement pour toute réponse. Tifa s'approcha de lui, lui fit un grand sourire, se retourna vers l'autre, et finalement, déclara :
- Je n'ai pas besoin de vous présentez, si ?
Un grand silence s'installa, et il n'y eut que Marlène, l'air interrogateur, qui finit par poser la question à Tifa :
- Qui c'est ?
- Je te présente Cloud, répondit Tifa en se penchant vers elle. Il va venir nous aider contre la Shinra. Tu sais, c'est un ancien Soldat.
Un ancien Soldat. Il regarda Marlène, puis Tifa, puis finalement Cloud. Tandis que Tifa reprenait une conversation engagée avec la petite, il ne lâcha pas le blond du regard, celui-ci fit de même, et pendant tout le temps où ils restèrent dans ce petite parc, une seule chose et unique occupa son esprit.
Un ancien Soldat.